“Nos mots sont puissants, nos mots sont réels”


La Désobéissance, Naomi Alderman, traduit de l’anglais par Hélène Papot, Le Livre de poche, 2018, 7,90 euros.

Deux voix. Deux typographies. Deux manières de parler, de penser, de s’entendre. Deux façons d’aborder la religion, la vie, l’amour. Deux personnes qui se mêlent. Il y a l’histoire de la religion juive orthodoxe et il y a l’émancipation new-yorkaise. Il y a l’abandon et la quête de soi. Il y a l’amour raisonné et l’amour fou.


Ce livre m’a bercé. Il m’a offert une vision que je n’avais pas sur une religion que je connais peu. Il m’a donné une ouverture sur le thème de l’amour : au-delà des grandes histoires passionnées, il y a aussi cette forme d’amour qui est plus proche de l’amitié. Une sorte de profonde et intense affection qui permet de se comprendre et d’être complice, qui permet de se retrouver et d’accepter pleinement cette vie, sans avoir ce feu intense que peut donner l’amour fou. Un amour raisonné. Et bien sûr, il y a l’interdit. L’amour fou, passionné, torride entre deux femmes. Tout, dans ce livre, est abordé avec une extrême douceur. Une sensibilité poétique qui nous offre un moment de lecture délicieux. J’ai aimé chaque ligne, les insertions de passages de textes religieux, les personnages qui se questionnent sur leur rapport à la religion et la vie que cela implique, les valeurs qui en découlent…

« Nous parlons de diriger le temps, mais c’est le temps qui nous dirige,
nous fait marcher d’un pas pressé, quand nous aurions peut-être aimé flâner. »

Tout au long du livre, il y a aussi des réflexions profondes autour du thème du langage, de la parole et des mots. Cela m’a fait écho au Inktober 2018 auquel j’ai participé avec une copine, Laura, qui est illustratrice. Nous avions décidé de mettre en avant des femmes inspirantes à travers un mini texte biographique et une illustration. Ce qui revenait sans cesse dans les recherches que je faisais sur les femmes que nous voulions présenter, c’était cette volonté de mettre des mots sur des sujets importants, de pouvoir laisser se libérer la parole et de pouvoir s’exprimer. Donner corps, donner vie, donner une réalité aux mots. Pouvoir les laisser s’envoler pour qu’ils entrent et s’ancrent dans d’autres paroles d’autres personnes. Ce qui est sous-entendu dans cet ouvrage, c’est que les religions sont étudiées à partir de livres qui sont eux-mêmes composés de mots. « Si la création était un morceau de musique, la parole en serait le refrain » nous dit-elle ou encore « Puisque Dieu a créé le monde à partir de la parole, la parole elle aussi a le pouvoir de créer« . J’ai tant apprécié cette volonté de montrer l’importance de nos mots et de notre façon de les assembler, de les dire, de les incarner. Nous sommes entourés en permanence par les mots, ceux qu’on se refuse de dire, ceux qu’on met du temps à dire, ceux qui nous marquent… On garde des traces dans nos portefeuilles, sur nos murs, dans nos carnets. Qui n’a jamais laissé un post-it avec des mots d’amour ou des blagues et conservé ce bout de papier ? Qui ne s‘est jamais demandé “au bout de combien de temps, je peux dire je t’aime ?” ou “vais-je la blesser en lui disant cela ?”, nos parents se rappellent de nos premiers mots et il y a les mots qu’on aimerait oublier. Ce livre nous rappelle à quel point les choses les plus quotidiennes, lambdas, ces choses auxquelles on ne pense pas — nous utilisons les mots comme nous respirons — sont pourtant si importantes.

Tout comme dans Sharp Objects où l’héroïne grave les mots sur sa peau ou encore Les liaisons dangereuses, mon livre fétiche, qui se lit sous forme épistolaire, La Désobéissance, nous raconte l’importance des mots qui nous entourent. Pour résumer, il y a un réel charisme qui se dégage de ce livre, je ne pourrais pas l’expliquer autrement. Une sorte d’attraction qui fait que l’on se souvient de lui. Un doux moment sensible.


Le livre a été adapté au cinéma en 2018 par Sebastián Lelio avec Rachel McAdams et Rachel Weisz dans les rôles principaux. J’avais une pure hâte de me lancer dans ce film, tellement le livre m’avait plu. Je me suis dit que j’allais en découvrir encore plus et que le visuel me donnerait un point de vue différent. Certes, j’ai passé un bon moment. Le film retrace plutôt fidèlement la narration, les deux actrices sont fantastiques (leur scène d’amour est assez époustouflante dans sa tension, il y a un côté très animal et très sensible à la fois. Comme une envie de stopper le temps tout en sachant qu’il n’y a pas assez de temps, une urgence sensible) mais il manque tellement de choses. Ce pouvoir des mots, le lien entre les mots d’un texte religieux et ceux que l’on prononce au quotidien, ceux qu’on ose enfin dire.

J’ai tendance à toujours préférer les livres aux adaptations cinématographiques mais pour ceux-ci, j’ai vraiment ressenti la perte d’un nombre d’informations dans le film. J’aurais peut-être dû voir le film en premier, afin d’en découvrir plus avec le livre.

Et vous, de manière générale, que pensez-vous des films adaptés de livres ? Quelles sont vos attentes ? Relisez-vous les livres ensuite ?

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