Après Maida, la perte du quotidien

“Parfois, Maida le regardait d’une manière qui l’enivrait tout en l’intimidant”


Maida est décédée. Aussi vite que la prononciation de cette phrase. Gene se retrouve seul. Seul face à ses souvenirs, seul face à sa vie, seul pour se reconstruire. Sans bien savoir comment faire, ni comment s’exprimer, Gene se laisse flotter dans ses moments de vie qui ont construit son histoire d’amour. Sur les premières fois, les premiers émois, les premiers combats ; sur les doutes, les débuts d’erreurs, les regrets peut-être quelque fois. Il raconte celle qu’il a tant aimé, la fidèle moitié de son existence. Avec le deuil vient cette sensation étrange de ne pas tout savoir, de ne pas avoir pris le temps, d’avoir laissé s’écouler chaque instant en spectateur. On est amené à comprendre que l’on ne peut jamais tout savoir d’une personne. Comment connaître ses doutes, ses pensées floues ? La seule personne avec qui l’on passe toute sa vie, c’est soi-même. Les autres conserveront toujours une part intime de mystères.

Il faut aussi se reconstruire. Apprendre à vivre autrement, se laisser surprendre, s’enthousiasmer d’un rien ou s’énerver pour peu. Les fidèles amis peuvent nous paraître trop proches, omniprésents, leur compassion trop lourde à porter. Ils font pourtant, ici, parties intégrantes de chaque souvenir. Presque une vie à quatre dans deux maisons différentes. Ce qui amène d’autres doutes, des sentiments enfouis. Et si on avait pris un autre chemin, quelle serait notre vie actuelle ?

“Ses humeurs, ses requêtes n’étaient jamais vaines, Maida donnait précisément ce dont on avait besoin, parfois même avant qu’on l’ait identifié.”

Maida & Gene, c’est cette histoire universelle de la perte, dans tout ce qu’elle représente. La perte d’une habitude, d’un amour, d’une famille, d’une histoire partagée. La volonté de s’assurer que l’on n’a rien raté, qu’on a été présent, qu’on a fait au mieux pour vivre comme on l’a voulu. On repasse le film de sa vie pour analyser chaque élément, essayé de voir ce que l’on aurait pu oublier ou pas assez regardé. Mais à la fin de chaque bobine, c’est l’absence de l’autre qui se creuse et de cette vie à deux que l’on a tant apprécié.

Pour ce premier roman Katharine Dion nous offre un temps limité dans la vie de Gene. Certaines questions restent sans réponses, on a parfois l’impression de manquer d’éléments, on a envie de creuser, d’en savoir plus, d’avoir un aperçu plus large. Pourtant, quand on y réfléchit, nous sommes Gene. Nous restons avec nos points d’interrogations et nous ne pourrons jamais tout savoir de la vie de Maida.

Une belle leçon de vie, tout en justesse et simplicité. Une histoire (d’amour) raisonnée.

Après Maida, Katharine Dion, traduit de l’anglais (États-Unis) par Juliane Nivelt, Gallmeister, 2019, 22 euros.

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