« Les femmes, elles, se consument »

Une amie m’a un jour conseillé les romans de Gillian Flynn. « Impossible de deviner la fin » m’a-t-elle assuré. C’était juste avant la sortie de Gone Girl au cinéma. Je n’ai pas voulu commencer par Les Apparences, je venais de voir le film (époustouflant, quelle performance de Rosamund Pike !) et je me suis dit qu’un peu de temps me permettrait de me détacher de l’adaptation pour apprécier le livre à sa juste valeur. J’ai donc dévoré Les lieux sombres et assurément, je n’ai pas vu la fin venir. Le dénouement était à mille lieux de ce que j’avais pu imaginer. Gillian Flynn a un réel talent pour dépeindre des situations familiales sordides où les liens se dissolvent avec fracas. Et ceux qui restent sont toujours en proie à d’importants traumatismes. Et, bien sûr, seul un retour sur les lieux, seul un affrontement avec son passé peut leur permettre une ébauche de soulagement (quel qu’il soit).

Sur ma peau ne déroge pas à la règle. Une jeune journaliste, Camille Preaker, est envoyée par son rédacteur en chef (figure paternelle et réconfortante) à Wind Gap, la ville de son enfance et de tous ses traumatismes. Le meurtre d’Ann Nash huit mois auparavant et la récente disparation d’une deuxième jeune fille, Natalie Keene, intriguent et laissent penser qu’un tueur en série pourrait sévir dans cette petite ville. Mais, finalement, ce n’est pas tant ces faits qui sont au cœur du suspens, c’est Camille, son histoire, son passé, ses démons et sa famille. La relation avec sa mère, sordide à souhait ; sa demi-sœur aussi troublante qu’effrayante ; le fantôme de sa jeune sœur décédée des années plus tôt. Un beau paysage familial qui a dessiné la vie chamboulée de Camille mais aussi sa peau. Les mots sont gravés et résonnent sur tout son corps, frétillent et s’impatientent, attendent les prochains pour continuer leur valse folle de souffrance.

Les thèmes de prédilection de Gillian Flynn sont donc au rendez-vous : traumatismes de l’enfance, souffrance psychologique, liens familiaux complexes et toxiques… Notons que Sur ma peau est le premier thriller de l’auteure, ce qui joue sûrement sur mon avis. Car, j’ai lu le livre avant que le dernier épisode de la mini-série sorte. J’avais tellement attendu cette série : pour le scénario qui me semblait prometteur et pour Amy Adams qui a été mon véritable coup de foudre en 2017 (Nocturnal Animals et Premier contact, j’ai l’impression de les avoir vus hier !). Les huit épisodes m’ont littéralement cloué sur place. La photographie est juste sublime, la bande-son intensifie chaque émotion, le casting m’étonne à chaque épisode et il se dégage de l’univers général une vraie intensité. La noirceur du passé et de la personnalité des protagonistes principaux me glace, et les relations qui les nouent tous ensemble me donnent envie de faire des études de psychologie pour parvenir à vraiment les déchiffrer. Je m’attendais donc à ressentir cette même force d’émotion avec le livre, d’autant plus que, d’une manière générale, peu importe le sens dans lequel je les consomme (film ou livre en premier), le livre reste toujours ma préférence. Pour le sens du détail et l’image qu’on se créé par nous-même dans notre tête. Et là, une déception. La série est une adaptation vraiment fidèle, il y a même des dialogues que l’on retrouve à la virgule près. Il y a bien sûr des éléments différents mais la série les amène plus subtilement (sans vous spoiler, les mots ont une grande importance puisqu’ils sont cicatrisés sur le corps de Camille. Le livre les rend vivants puisqu’il est à la première personne mais la série les anime en axant le regard sur eux dans le décor). Lors du dernier épisode, même en connaissant la fin du livre, le twist final est un électrochoc. La fin de la série incarne, à mon sens, toute la tension et la noirceur de l’histoire. Une fin juste et explosive. Le talent de Gillian Flynn s’est perfectionné au fil de ses écrits et ce premier roman apparaît aujourd’hui comme un premier essai plutôt positif mais qui tend vraiment à s’améliorer. La série comble le manque de profondeur du livre par l’intensité de son adaptation et permet de redonner toute sa splendeur à la créativité de l’auteure, avec un raz-de-marée émotionnel à chaque épisode.

Si vous avez commencé la série ou si vous souhaitez la regarder, et si vous avez envie de lire le livre, je vous conseille plutôt de privilégier la lecture en premier…

Sur ma peau, Gillian Flynn, traduit de l’anglais par Christine Barbaste, Le Livre de poche, Juillet 2011, 381p.
Sharp objects, créée par Marti Noxon, série télévisée USA, 2018, diffusé sur OCS.Avec Amy Adams, Patricia Clarkson, Eliza Scanlen…

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