Un Grand secret ou comment réécrire l’Histoire

L’idéal, lorsque l’on n’est pas chez soi, c’est de pouvoir découvrir la bibliothèque des autres. Mal rangée, classée par ordre alphabétique, odeurs de vieux livres et de neufs… Celle que je préfère, c’est la bibliothèque qui s’étale, qui traîne un peu partout, qui navigue dans plusieurs pièces de la maison. Parce qu’avec cette bibliothèque, on est intrigué, curieux, avide de découvertes cachées des regards. Et quoi de mieux que des discussions avec ses propriétaires pour satisfaire son envie de voyage littéraire. C’est ainsi que je découvris René Barjavel.

Peu adepte de la science-fiction, l’auteur m’a pourtant ici séduite. L’histoire est tellement prenante, impossible de décrocher. Cela doit être lié au fait que Le Grand secret est un roman uchronique : l’auteur réécrit l’Histoire en lui donnant une toute nouvelle signification. « Les personnages historiques sont en dehors du temps » dit-il, ils font partis d’un passé commun (allez voir cette vidéo, très chouette : https://www.ina.fr/video/I11052350). Les utiliser, c’est ancré son roman dans une certaine forme de réalité. C’est donner au lecteur cette impression étrange, ce questionnement particulier : « Et si c’était vrai ? ».

Dans ce roman, découpé en trois parties, les personnages politiques de l’époque sont utilisés pour sauver le monde. Ensemble. Ce qui semble déjà surréaliste. Nehru, De Gaulle, Kennedy, Khrouchtchev… Ils sont tous là. Tous présents, tous en possession d’une information capitale qui pourrait changer la face du monde. Tous complices. Mais revenons au résumé de cette histoire.

Jeanne et Roland vivent une histoire d’amour passionnés, à Paris. Jusqu’au jour où Roland disparaît. Nehru quant à lui est interrompu en plein Conseil des ministres pour rendre visite à un ancien ami, le professeur Bahanba. Celui-ci vient de faire une découverte étonnante : en faisant des recherches pour trouver un virus capable d’éradiquer le cancer, le professeur a développé un virus qui peut lutter contre toutes les maladies. Le problème est que ce virus arrête le processus de vieillissement et qu’il est extrêmement contagieux. Si toute la population devient immortelle, que reste-t-il du Monde ?

Un virus, mondial, contagieux. Diablement actuel !

La première partie du livre se consacre aux visites de Nehru à tous les politiques du monde pour leur donner cette information. Bahanba ayant envoyé des échantillons à des confrères dans le monde entier (avant de connaître la limite de sa découverture), c’est une contagion à l’échelle planétaire qui est en jeu. Face à ce problème, le monde décide de garder le secret. Ainsi, toute personne ayant été exposée au virus est enlevée. Disparue aux yeux de tous et envoyée sur un îlot.

La deuxième partie se concentre sur l’explication de la recherche de Bahanba, de ses prémices à la rencontre avec Nehru.

La troisième et dernière partie se penche sur Jeanne qui recherche Roland. Pendant dix-sept ans. Et qui finit par le retrouver, sur ce fameux îlot. S’en suit une explication de la vie de ces exilés qui ne vieillissent pas, de ces enfants qui auront toujours 18 ans et de tous les sacrifices qu’il faut faire pour préserver leur semblant de vie réelle.

En filigrane, c’est la conquête de l’espace, l’assassinat de Kennedy, la fameuse ligne téléphonique entre Washington et Moscou… Il est tentant de croire que de nombreuses situations puissent être expliqués par quelque chose d’aussi simple : un grand secret partagé par les plus puissants du Monde. Au diable la théorie du complot, ce ne serait finalement que pour notre bien. Protégé une information pour le bien commun. C’est ce qui rend ce roman si passionnant et si intéressant à lire en ce moment. Comment protéger une majorité ? En sacrifiant une minorité ? En condamnant à l’exil les personnes touchées par le virus ? Tout contrôler et tout cacher pour ne pas affoler les populations ? Et à quel moment, ce type d’information ne peut pas être utilisée à des fins personnelles ? Nous savons si peu de choses. Peut-être est-ce pour le meilleur.

Ce que j’ai envie de retenir, c’est que chaque histoire aura toujours une part de mystère, insoupçonnable. Nous ne serons jamais dans les bureaux des Présidents, nous ne serons jamais dans les laboratoires. Certaines informations ne seront jamais dévoilées. Il y aura des guerres, il y aura des virus, il y aura des tas d’évènements, heureux ou non. La force littéraire est de pouvoir utiliser toutes les situations pour en donner un sens, pour entamer un voyage de compréhension différent. Se laisser voguer vers des réalités d’un autre temps. Et à la fin, à n’importe quelle fin, ce que l’on souhaite le plus ardemment, comme lorsqu’on referme un bon roman, c’est d’être dans les bras d’une personne aimée.

Le Grand secret, René Barjavel, Presses de la Cité, 1973, 346 pages.

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