S’évader…

Old Lonesome, le soir du réveillon 1968, au cœur de la prison, douze détenus s’échappent. Certains seront retrouvés rapidement ou tués. Mais pour quatre d’entre eux, la chasse à l’homme sera semée d’embûches et de rebondissements en tous genres.

Pierre Lemaitre qui signe la préface de cette édition nous prévient : Benjamin Whitmer est un maitre du roman noir, soit on l’adore, soit on n’accroche pas. J’ai adoré. Le récit alterne entre plusieurs points de vue : le traqueur, les évadés, celle qui veut sauver son cousin évadé, les journalistes. Chaque scène peut être visualisée par un angle différent, avec des émotions opposées. Les évadés sont eux-mêmes divisés en plusieurs catégories : les brutes, les irréfléchis, et celui avec un minimum de jugeote, celui-là même qui nous émeut. Bien sûr, chaque évadé a son histoire. Meurtre, cambriolage, sanglant ou non. Il y a aussi ceux qui n’ont pas contrôlé leur violence mais qui ont rendu justice, d’une certaine manière, à de nombreuses victimes… Pas d’apitoiements dans ce roman, la vie est une grande prison où chacun a son rôle à jouer : les mauvais choix, les enfances douloureuses, l’amour aussi. Les évadés le savent, c’est une course contre la montre qui se joue. Ils sont suivis par le meilleur traqueur de la ville, un homme-animal, au flair infaillible. Mais pour lui aussi, les raisonnements se compliquent : tuer les évadés ? leur laisser une chance ? les enfermer à nouveau ? Dans ce face-à-face, de quel côté devons-nous mettre ? La gâchette peut être facile de tous les côtés, ce qui rend le final aussi explosif qu’une fin à la Tarantino.

Ce qui est touchant dans ce roman, c’est qu’on finit quand même par s’attacher à certains personnages. A entrevoir des passés sordides qui expliquent toute leur personnalité. C’est aussi la force de l’autre, ce que l’amour peut parfois nous obliger à faire. Protéger l’autre à tout prix, et parfois ne pas en recevoir le retour qu’on attendait… C’est pour le côté « espoir en l’espèce humaine », essayer de toujours y voir des notes de lumières. Néanmoins, c’est un roman noir, comme on les aime, où la cruauté humaine est à toutes les portes. C’est juste une ville dont la prison en est le cœur, avec des guerres de pouvoir, où chacun essaie de s’en sortir avec les moyens dont il a à sa disposition. C’est essayer de s’évader, de fuir cette ville, sortir de cette vie, sans toutefois y arriver. Les habitants sont ancrés dans cette ville, comme des rochers impossible à déloger. Où est l’espoir ? Comment sait-on qu’on pourrait avoir droit à une autre vie ? Et comment la saisir ? Est-on voué à rester bloqué dans cet enchainement de violence ? A sortir les armes à la moindre complexité ? Peut-être, à Old Lonesome assurément en tout cas.

Évasion de Benjamin Whitmer, traduit de l’anglais par Jacques Mailhos, éditions Gallmeister, 432 pages, 11,10 euros.

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