Vivre en Résistance

Comment s’engage-t-on dans la Résistance ? Par vocation ? Par instinct ? Le narrateur, la veille de ses vingt ans, est déclaré mort. Voici son entrée dans la Résistance. Son père, militant communiste, ne lui laisse pas vraiment le temps de réfléchir. La guerre est là, dans chaque recoin. Il faut agir. S’en suit de multiples aventures, de voyages clandestins, de rencontres inédites. Le héros (ou non-héros) semble suivre le mouvement. Il accepte ce pistolet qu’on met dans ses mains, il accepte les petits braquages, il accepte de suivre les ordres sans sourciller. S’il doit se cacher, il le fait. S’il doit mourir, il le fera aussi. Ce qui se complique, c’est sa rencontre avec Mila, son contact privilégié, sa cheffe de réseau. Passer dans la cour des grands, ce n’est pas seulement combattre l’horreur et vivre avec la peur, c’est aussi tomber amoureux. Pas au meilleur moment, certes, mais comment combattre cette guerre émotionnelle qui se joue à l’intérieur de nous ? Comment oublier le visage de celle qui nous a aidé à survivre ?

Marc Dugain nous conte une histoire sans verser dans le déluge d’émotions. C’est la guerre, il y a des trahisons, des meurtres, de l’horreur. Il n’est pas utile d’en rajouter plus. Le héros n’en est pas vraiment un, il ne combat pas la situation, il ne la subit pas vraiment non plus, il se contente de la vivre. Plutôt chanceux dans ses aventures, il ne sera confronté qu’à un cas de conscience lorsqu’il devra sonner l’alarme pour abattre un sous-marin, rempli d’allemands dont il s’est plus ou moins lié d’amitié. Cela me fait penser ici à la saison 1 du Bureau des légendes, où on explique à une nouvelle agente que les personnes qu’elle croisera auront un rôle : une cible on doit s’en rapprocher, être le plus proche possible, mais une cible ne sera jamais vraiment un ami, on peut anéantir sa vie en une seconde. Encore une fois, il faut laisser ses émotions dans un placard et agir avec un détachement hors du commun.

Il y a beaucoup de livres sur la seconde guerre mondiale, beaucoup de récits imaginés ou non. Celui-là est une vraie découverte. Le style de l’écrivain est fluide, avec une vraie impression d’entendre le narrateur nous raconter son histoire ou de lire sa lettre. Il y a un côté très personnel dans la narration, tout en mettant à distance. Comme lorsqu’on fait une première conversation vidéo, la personne nous semble si proche (sa voix, son visage) et pourtant si loin. C’est aussi la force des sentiments qui peuvent naître n’importe où, n’importe quand. Comment se défaire de ce bagage trop lourd ? Comment passer sa vie à essayer d’oublier quelqu’un ? Le narrateur choisit une option « normale » : compenser par la nourriture. Plus il grossit, plus il essaie d’éteindre l’image de Mila, plus il essaie de la retrouver.

« Je ne saurai jamais si la plus grande preuve d’amour que je lui ai donnée ne fut pas de lui offrir seulement mon amitié. »

La Résistance, rester en vie, tomber amoureux, vivre, faire sa vie, ne jamais cesser d’aimer. Sans en faire trop, sans accentuer le trait. C’est un roman d’une simplicité folle et qui nous embarque pourtant sur ses flots parfois agités mais toujours raisonnés. La vie est comme elle doit l’être, il faut juste parfois tenter de sortir des sentiers battus. Comme passer sa vie à retrouver quelqu’un qu’on a jamais oublié.

Heureux comme Dieu en France, Marc Dugain, Gallimard « Folio », 2004, 256 pages, 8,50 euros.

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