« I’m still something if I don’t got a man, I’m a free woman » – Lady Gaga

Le Larousse nous dit que le pouvoir est « une faculté, une possibilité que quelqu’un ou quelque chose a de faire quelque chose ». Chacun de nous possède donc son propre pouvoir. La définition en droit précise cependant que le pouvoir est « une aptitude légale ou conventionnelle à exercer tout ou partie des droits d’une autre personne et à agir pour son compte ». Chacun de nous possède son pouvoir mais certains possèdent un pouvoir plus grand encore, plus large, qui s’étend au-delà de sa personne et de son territoire. Et ainsi se crée l’échelle du monde.

Roxy, Allie/Eve, Margot, Tunde. Ces personnages résonnent encore plus fort aujourd’hui qu’il y a quatre ans lorsque le livre a été publié. Les femmes découvrent leur pouvoir : la faculté de générer un courant électrique par un « fuseau » qui s’active dans leur nuque. Un nerf endormi depuis des millénaires, réactivé par les guerres nucléaires et chimiques, par le dérèglement du monde. Ou tout simplement parce que les femmes se réveillent, qu’il est temps de changer la donne. A partir de ce courant qu’elles créent avec leurs mains, les décharges secouent la planète entière. Gare aux hommes qui essaient de les en empêcher.

Chacune de ces héroïnes trouvera sa place : guerrière, politicienne, prêtresse. Elles seront suivies par toutes et parce que le pouvoir reste parfois individuel, il y aura aussi des dérives : des meurtres innommables, des actes de barbarie, des jeux de pouvoir, de la manipulation… Parce que le pouvoir n’est ni femme, ni homme, parce que le genre n’est pas une faculté en soi, ni une définition d’une personne et de ce qu’elle est, le pouvoir peut être partout, prendre différentes formes et résonner en chacun par des biais opposés. Pour certaines, l’exercice du pouvoir s’apprend par des voies divines pour d’autres c’est la technique du combat. Pour une forte majorité, peut-être, c’est simplement pouvoir se faire confiance.

« La seule façon pour toi d’être à l’abri, mon poussin, c’est que cet endroit t’appartienne. »

Si le livre est si captivant, c’est parce qu’il raconte quelque chose de notre société. Et que les mouvements des dernières années lui donnent un éclairage encore plus important. Imaginer un monde où les femmes auraient une arme unique, qu’elles seules peuvent posséder et qui leur donne (enfin) le moyen de se surpasser. La scène la plus marquante dans cette découverte est celle où en Moldavie des femmes détenues pour trafic sexuel peuvent se libérer. Sortir de cette cave où elles sont emprisonnées pour reprendre le contrôle, de leur corps, de leur vie. Et au moment où j’écris, un tas d’autres scènes me reviennent. Chaque situation vécue par les personnages réveille en nous des tas de situations similaires, de près ou de loin. Cette vague de sororité, d’entraide, de bienveillance qui se crée au début du livre est un tsunami de douceur et de foi en l’humanité. J’ai eu envie de voir mes amies ensuite, leur dire à quel point elles sont merveilleuses et fortes. Des êtres uniques, si différentes, si bouleversantes par leurs histoires, leur personnalité, leur opinions. J’ai tant à apprendre de chacune d’elles.

C’est aussi le rapport aux hommes. On ressent dans certaines scènes un besoin libérateur de faire aux hommes ce qu’ils ont pu faire aux femmes. Essayer de leur faire ressentir le quotidien féminin. Tunde, le journaliste qui parcourt le monde pour suivre tous ces changements l’exprimera à un moment donné : la peur de sortir seul le soir, la rage face à une femme qui s’approprie son travail, le désespoir face à sa propre impuissance, n’être qu’un donneur de sperme, un appareil reproducteur…Cela nous questionne sur le rôle et place de chacun.e au sein de son propre entourage, et plus largement de la société. Des questions qui reviennent sans cesse, qui s’intensifient et des gouvernements qui semblent bien souvent nous rire au nez… Le pouvoir trouve ici tout son sens dans l’incarnation de ce combat permanent qui doit être mené pour toutes et tous. Essayer et devoir se sentir et être libre, peu importe qui et où l’on est.

C’est une lecture acharnée et engagée, je n’ai pas pu me décrocher de ce livre avant la toute dernière page (et la dernière phrase, son sens est juste sublime !). Naomi Alderman, que j’ai découvert avec La Désobéissance confirme son talent d’écriture. C’est fluide, c’est rythmé, on ne s’ennuie jamais et c’est déjà un livre que j’ai envie de relire. Je le conseille à tout le monde, celles/ceux qui souhaitent plonger dans ce monde parallèle où les rôles sont inversés. C’est parfois cru, parfois tendre, bien souvent je me suis surprise à rire de certaines situations, reconnaissant un quotidien que nous ne connaissons que trop bien. Il peut être dommage de se dire que seule une arme possédée uniquement par les femmes peut permettre un renversement des ordres préétablis. Je l’ai plutôt vu comme une métaphore de quelque chose que l’on possède déjà, c’est un brin naïf mais je suis convaincue que nous possédons toutes le pouvoir entre nos mains, qu’il soit électrique ou pas.

Le Pouvoir, Naomi Alderman, traduit de l’anglais par Christine Barbaste, Le Livre de poche, août 2019, 512 pages, 8,70 €.

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