« Don’t become a ghost without no colour ‘Cause you’re the best paint life ever made » – U-turn (Lili), AaRON

Peinture par @camelia.magnoliopsida

« Peut-être la perte se résume-t-elle à ça, au fond. A ce qui arrive, que vous le vouliez ou non. A ce qui refuse de vous lâcher. »

Marlena est insouciante. Les cheveux blonds au vent, une vie saccadée qu’elle parcourt en accéléré. Cat la rencontre lors de son arrivée dans une nouvelle ville, nouvelle maison, nouvelle existence. Marlena est tout ce qu’elle n’est pas, tout ce qu’elle ne sera jamais. Les épreuves, les dysfonctionnements familiaux, les médicaments font d’elle une assoiffée du temps, elle consomme tout, à la va-vite. L’urgence est de s’en aller, de s’enfuir, de ne pas se laisser montrer fragile. Elle sait y faire, elle sait composer avec la vie et ses expériences. Pour Cat, Marlena est le repère : celui qui assistera à sa lente chute et l’accompagnera pour remontrer, trouver d’autres chemins. C’est aussi celle qui plantera le dernier clou, le tunnel à jamais dans l’ombre.

Leur histoire durera un an. Tout rond. Marlena qui l’accueille, la fusion de leurs personnalités, les premières disputes, la distance jusqu’à sa mort, solitaire, dans le froid et sans donner des réponses à tant de questions. Marlena est scintillante mais difficile à atteindre, à expliquer. Elle traverse la vie de Cat à la manière d’une étoile filante, inaccessible et pourtant si pleine d’espoir. Sa disparition sera toujours une douleur, un poids à porter au quotidien.

Plus qu’un roman d’adolescents, c’est une histoire sur ces amitiés qui nous bouleversent, ces personnalités qui nous renversent et notre incapacité à les oublier. Ces personnes qui semblent illuminer notre vie en l’espace d’une seconde, qui nous éblouissent même si nous n’arrivons pas à les comprendre. Leur douleur semble être la nôtre, leur égoïsme ne nous trouble pas. Nous les laissons s’installer dans nos vies et elles nous façonnent à leur image. C’est un roman sur cet âge transitoire où les relations influent sur nos jugements. Facilement manipulable, Cat est ici dans un moment d’adolescence difficile : l’abandon du père et un immense besoin d’attention, le changement de vie, la difficulté à s’exprimer… Marlena s’engouffre dans ce tourbillon et fait vivre à son amie de multiples premières fois. Le chemin de la sagesse laissée derrière elle, Cat se transforme, s’enfonce, plonge à corps perdus dans les transgressions pour être comme Marlena. Jusqu’au jour où l’élève semble dépasser le maitre. Sans jamais totalement y parvenir.

La fusion, l’admiration, la reconnaissance et la passion destructrice dont témoigne l’amitié entre Cat et Marlena nous amènent à réfléchir sur ce qui nous lie aux autres. Sur ces amitiés éternelles et celles qui ne sont qu’un feu d’artifice. Sur toutes ces relations qui nous ont construits et qui nous ont fait choisir, un jour ou l’autre, un chemin plutôt qu’un autre. Celles qui nous ont porté vers le haut ou nous ont tiré vers le bas. Sur les gens qui restent et ceux qui partent, les gens avec qui on grandit et ceux qui restent des souvenirs d’enfance. Sur tous ces autres qui entourent notre vie, parents, amour, amis, qui nous accompagnent comme ils peuvent et qui bien souvent, nous offrent un regard délicat sur nous-même et qu’on ne prend pas assez le temps de savourer.

Marlena, Julie Buntin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Barbe-Girault, éditions La Belle Colère, 2018, 19 euros.

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