S’aimer & se retrouver, toujours.

Vivre un traumatisme. Continuer sa vie, même différemment. Accepter que quelque chose ait pu changer, même si tout semble pareil. Accepter cet avant et cet après. S’autoriser à poursuivre sa route. C’est ce que l’on nomme la résilience.

Ava a rencontré son mari il y a une quinzaine d’années. Un coup de foudre immédiat. Quinze années d’amour, d’enfants, d’un quotidien bien installé. Comme dans toute relation, il y a une part de frustration parfois, d’incompréhension, un enchainement des journées et des habitudes. La force d’Ava et de Xavier réside dans leur soif permanente de l’autre, de le toucher, de sentir son odeur, d’être aimantés l’un envers l’autre. Malgré des jobs trop prenants, la passion semble toujours les ramener l’un vers l’autre. Jusqu’au jour où Xavier a un grave accident de moto.

Le traumatisme se vit de deux manières : d’un côté, Xavier, coupable de l’accident, amoché physiquement et qui peine à sortir des rouages de la culpabilité ; de l’autre, Ava, qui l’encourage, le supporte, le soutient. Qui essaie de l’aider sans pouvoir tout comprendre. L’un et l’autre se détruisent par maladresse, par deux positions qui s’opposent et la difficulté de se mettre à la place de l’autre. Il y a celui qui a chuté, qui doit voir son corps diminuer, vaincre ses remords et celle qui a connu l’attente interminable dans un couloir d’hôpital, la gestion de tout, qui a fait barrage de ses émotions pour enrober ses enfants d’amour. Tous deux cassés, l’un voulant être seul, l’autre ne rêvant que des bras de son bien aimé. Et entre ces deux, un autre couple. Constance, la victime de Xavier et Sacha, son mari. Tous deux entrent dans leur vie d’une manière inexplicable, tous deux vont leur offrir un besoin que l’autre ne pouvait donner : la compréhension, posé des mots sur une même situation.

Agnès Martin-Lugand est une habituée des traumatismes. Je l’ai découverte avec son premier roman, Les gens heureux lisent et boivent du café, qui explorait le long combat pour revenir « à la vie » d’une femme qui a perdu son mari et son enfant. Ses histoires sont toujours abominables, dans le sens où elles traitent toujours d’un sujet actuel (l’addiction au travail par exemple dans Désolée, je suis attendue) et précipitent les personnages dans des tourments profonds et des tourbillons d’émotions. Nos résiliences traitent plusieurs thématiques à la fois : celle du couple, qui perdure mais qui a parfois besoin d’un petit coup de rappel, la passion ne faisant pas tout pour être épanoui ; de la reconstruction de soi après un accident ; de cet avant et cet après qu’il faut accepter dans sa relation et pour soi-même ; de la culpabilité qui nous étouffe et que l’on doit apprendre à transformer, à gérer et à laisser partir ; de l’amour qui nous lie les uns aux autres et du besoin de le sentir et de l’entendre, même après quinze ans, même tous les jours.

La force de l’auteure est de nous emmener facilement dans les pensées de ses personnages, nous émouvant par les situations et nous forçant à réfléchir aussi sur nos propres vies. Là où la lecture peut sembler parfois un brin simpliste, les thèmes choisis emmènent chaque lecteur à aller plus loin, à s’approprier les émotions des personnages pour faire le point sur sa propre vie. Malheureusement, ce qui est vrai pour la majorité de ses romans ne l’est pas forcément pour celui-ci. La lecture est rapide, on passe un moment plutôt agréable mais certains passages semblent surfaits, composés de phrases toutes faites et les émois du personnage principal redoublent d’un pathos parfois gênant. Xavier et Ava semblent tous deux poussés dans des extrêmes du genre, évoluant dans une histoire intéressante mais finalement peu originale. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai été déçue car les romans d’Agnès Martin-Lugand ont toujours été pour moi des histoires « feel-good », où on ne s’attend pas à être bouleversé mais plutôt à être baladé sur un ruisseau d’émotions tranquille. J’ai quand même été transportée par l’histoire, j’ai tenu à la finir mais si je devais faire un parallèle, ce livre ressemble à ces séries que je regarde en cuisinant, savourant le moment un peu de loin.

Nos résiliences, Agnès Martin-Lugand, éd. Michel Lafon, 2020, 332 pages, 19,95 euros

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