Parler, parler, sans jamais s’arrêter de s’écouter.

Depuis début septembre, je me suis remise à la danse. Une envie qui revient depuis quelques années et que j’assouvis enfin. Goûter à nouveau aux plaisirs des hanches qui ondulent et des chorégraphies. Pour allier à la fois une envie et un besoin d’originalité dans ma vie, j’ai choisi des cours de Cabaret. Apprendre à marcher, la tête haute, en roulant des hanches, le regard souriant et plein de malices. Apprendre à dérouler mes gestes, lentement, pour y insuffler de la sensualité. Apprendre à jouer avec mes formes, à laisser ma timidité derrière le rideau et danser avec ma féminité. Il suffit parfois de peu et surtout d’une bonne décision pour avoir soudain l’impression d’avoir gagner 10 points de maturité, de confiance, de maîtrise de soi. J’observe ma professeure et l’énergie qu’elle dégage me donne envie de m’ouvrir encore plus. J’entre dans la salle de danse le cœur plein de paillettes et la tête vide de toutes pensées négatives. Cette zone de confiance, remplie de femmes de tous âges, de toutes formes, est certainement, à chaque fois, un des meilleurs moments de ma semaine.

Apprendre à s’aimer est certainement la chose la plus difficile et le plus long travail sur soi-même à faire. En suivant ces cours, j’ai appris que j’aimais beaucoup danser et que je ne me soucie pas vraiment de savoir si je danse bien ou non. J’ai aussi appris que lorsqu’on s’amuse, on ne s’inquiète pas du regard des autres ni de savoir si son ventre est bien rentré ni de sa cellulite qui s’agite. Que se sentir sexy ne passe pas forcément par des dessous affriolants mais aussi par l’acceptation de sa nudité. Quand on se sent bien, on est simplement en phase avec le rythme de son cœur et le reste suit son cours.

Et parce que le cabaret donne libre cours à la sensualité, à l’énergie positive et qu’il nous offre un endroit pour nous sentir pleinement femme, mes lectures s’en inspirent. Je lis de plus en plus d’ouvrages (de fiction surtout) autour du féminisme, des femmes, de la féminité. J’ai envie de m’entourer d’histoires inspirantes, que ce soit par mes conversations avec mes amies qui me donnent toutes des sujets à débattre, des personnalités à suivre, des conseils sur tous les thèmes, ou par des livres qui me bouleversent par leur héroïne, leur combat et nous pousse à regarder autrement notre société.

J’adore en particulier Margaret Atwood qui est aujourd’hui pour moi une vraie référence. La Servante écarlate fait partie de ces livres qu’on devrait inscrire au programme scolaire ! Tous ces ouvrages qui parlent de ce que l’on peut faire (et que l’on fait déjà…) aux femmes, dans des dystopies atroces et qui ne semblent pourtant pas si éloignées que ça. Je viens tout juste de terminer Vox de Christina Dalcher.

Les États-Unis, guidés par un Révérend des plus extrêmes, élisent un Président qui imposent à toutes les femmes un compte-mot : à partir d’aujourd’hui, seuls 100 mots par jour peuvent être prononcés. Comment éduquer ces enfants ? Comment expliquer à sa fille de six ans que si elle prononce plus de mots une décharge électrique secouera tout son corps ? Comment se résigner à un rôle prédéfini par une poignée d’hommes ? L’héroïne, Jean, est docteure en neurosciences, spécialisée dans la linguistique (comme l’auteure d’ailleurs). La perte des mots, c’est la perte de son identité. De son savoir, de l’expression de ses pensées, c’est enlever la possibilité de raconter des histoires, de communiquer, de faire entendre sa voix. Et pourtant, comme toujours, ceux qui décident finissent par avoir besoin de cette voix, de son savoir, de son intelligence. Parce qu’elle est unique et qu’elle n’existe pas ailleurs. Pour sauver les mots d’un homme, ils ont besoin de la voix d’une femme. Et à partir de là, c’est un combat qui commence pour déjouer tous les plans les plus machiavéliques et renverser un pouvoir qui règne sur tout un pays. Et redonne aux femmes leurs voix.

Les chapitres sont courts et impulsent un rythme intense, presque en accéléré. L’histoire se déroule sur une semaine et les multiples rebondissements demandent un cœur bien accroché ! Des flashbacks permettent de comprendre comment le système s’est mis en place et les règles imposées. Pas le temps pour des pensées larmoyantes, tout est dans l’action. Quand on a perdu sa voix et qu’on ne souhaite pas cet avenir pour ses enfants, le temps est à l’urgence. Et malgré tout, des traces d’amour persistent, des notes d’espoir et l’assurance que les combats peuvent être menés ensemble. Il suffit juste d’oser essayer.

Bien sûr, l’histoire peut faire penser à certains aspects de La Servante écarlate, notamment tout le développement qui est réalisé dans la série. Néanmoins, il est quand même frappant de s’apercevoir que toutes ces histoires ignobles qui condamnent les femmes réussissent toujours à se mettre en place, doucement, sournoisement, par des petites étapes qui semble sans importances et qui, mises bout à bout, nous privent de nos droits les plus élémentaires.

Alors, parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait et parce qu’il ne faut jamais cesser de nous battre : parlons, crions, dansons ! Aimons-nous, pour nos formes, nos pensées, nos maladresses. Aimons-nous pour tout. Soyons qui nous avons envie d’être et n’hésitons pas à le dire. Pour ma part, je suis aujourd’hui une femme qui aime lire et écrire, profondément amoureuse et qui aime regarder des pluies de paillettes tomber sur son corps quand elle danse en dentelle.

Vox, Christina Dalcher, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michael Belano, Pocket, 2020, 432 pages.

Un commentaire sur “Parler, parler, sans jamais s’arrêter de s’écouter.

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  1. Bravo !!! Sans être féministe, la condition de la femme à toujours été le sujet de mes lectures. Au travers de leurs biographies, Françoise Giroud, Simone Veil ou Indira Gandhi ont rythmé ma vie de jeune adulte et continuent à me fasciner. Des lectures inspirantes, poussant à la réflexion et au débat aux lectures plus légères qui nous sortent du quotidien et nous font sourire voire rire, nous sommes ce que nous lisons. Mi-ange mi-démon, le gémeau que je suis continue sa quête d’authenticité et c’est une bataille régulière entre raison et sentiment. Alors, jeunes femmes, soyez ce que vous êtes ! 🐛🦋

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