Au pays du froid, au cœur de la famille

Valentina Veqet écrit dans sa langue natale. Elle promeut de cette manière sa culture, lui rend hommage, lui donne une ouverture sur le monde. C’est aussi la défense d’un peuple méconnu et de ces paysages qu’on ne décrit pas souvent. Dans Peaux de phoque, Tynenne, la mère de famille, est au centre de toute l’intrigue. Fille unique, son père lui apprend dès son plus jeune âge à chasser et à se muscler pour pouvoir survivre à toutes les péripéties de sa vie. Mariée à Alaloïnyn, malheureusement handicapé suite à une mauvaise chute, elle tient sa maison d’une main de fer. Ses trois enfants, quémandant à manger, sont condamnés à jouer chaque jour avec une pierre de plus en plus lourde. Mais la dureté de la mère cache finalement la plus grande des bienveillances. Grâce à ses manœuvres, elle montre à ses enfants qu’ils pourront un jour être de grands chasseurs. Et que toutes les moqueries ne sont que des mots qu’il faut laisser glisser parce qu’un jour, ces moqueurs auront besoin d’eux car ce sont ces trois enfants pauvres qui sauront gagner la bataille. Par sa rigueur et sa force, elle éduque ses enfants pour que leur pauvreté ne soit pas un fardeau. Elle leur apprend à voir autrement et plus loin pour qu’un jour ils s’endorment tous non plus sur des peaux de phoques mais sur des peaux de rennes.

Les tchouktches sont un peuple habitant dans la presqu’île de Tchoukotka, située dans l’Extrême-Orient russe. Aucun doute là-dessus : il y fait vraiment très froid ! C’est une langue peu connue et peu de romans sont traduits en français. L’auteur phare est Iouri Sergueïevitch Rytkheou qui fait figure de référence pour la culture littéraire de ce peuple. Après ce livre, j’ai vraiment envie d’en découvrir plus sur ce peuple et leur culture, leur tradition. Il y a peu d’éléments à étudier mais quelques films et articles à dépiauter !

Avec cette dernière lecture, j’ai été immergée dans un plaid littéraire. Un petit cocon rempli de chaleur et pourtant situé dans un pays froid. Je me suis laissée vagabonder, au gré des pages, dans cette histoire familiale et où chaque aventure semble révéler à quel point il y a toujours de l’espoir. C’est un livre profondément humain et à siroter tranquillement, en écoutant la pluie, sous son plaid, un thé bien chaud à proximité et les yeux bien écarquillés.

Un véritable petit bijou, à la lecture facile et efficace, il n’y a pas le temps pour de longues descriptions de paysages ou pour s’attarder sur des détails. Ce qui compte ici c’est la famille, les liens qui les unit, la perspective de donner à ses enfants une vie meilleure. Leur donner toutes les armes pour qu’ils puissent aller au-delà de leur destin. La mère est le pilier de la famille, celle qui se sacrifie pour nourrir ses petits, celle qui leur donne de la force et qui les encourage, non pas avec des mots d’amour mais avec les mots qu’il faut. C’est un beau portrait d’une mère, de tout ce qu’elles peuvent faire sans qu’on s’en aperçoive vraiment pour nous donner les bonnes bases et qu’on puisse un jour s’envoler les ailes bien remplumées.

Peaux de phoque, Valentina Veqet, traduit du tchouktche par Charles Weinstein, éditions Autrement, mars 2020, 8 €, 192 pages.

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