« La vie, c’était pas un putain de film, c’était… une putain de réalité. »

Jimmy, Sean et Dave. C’est comme une comptine, trois petits noms et des destins liés. Jimmy, le caïd repenti qui tient une épicerie, Sean le policier à la vie personnelle chaotique et Dave, l’enfant qui fût enlevé durant 4 jours. Peu importe que la vie ait mis de la distance dans leurs liens, tout revient toujours à ce jour où Dave a été emmené. Et ce jour où il est peut-être revenu.

C’est l’histoire de Katie, dix-neuf ans, prête à fuir avec son petit ami pour se marier à Las Vegas, et qui est retrouvée morte… L’enquête est menée tambour battant par Sean et son partenaire Whitey. Très vite, les soupçons fondent sur Dave… Trois petits noms qui reviennent.

Plus jeune, j’ai découvert Mystic River par son adaptation cinématographique réalisée par Clint Eatswood. Mes yeux dévorant Sean Penn (Jimmy dans le film), j’ai été tenu en haleine par ce père détruit par l’assassinat de sa fille, par les leçons du passé, par ces instants qui durent à peine quelques secondes et qui changent notre vie à jamais. C’est toute une traversée (telle la Mystic River, cette rivière de Boston qui conserve au fond d’elle nombre de nos maux…) dans les traumatismes de l’enfance et ceux de l’âge adulte, sur les choix que nous faisons, sur nos revanches et sur nos failles. C’est aussi ces courants qui nous traversent et qui résonnent en nous : la famille, l’amitié et nos drames.

En ce début d’année, j’ai eu l’occasion de lire l’œuvre de Denis Lehane. Epoustouflant. Même en connaissant l’histoire, j’ai totalement redécouvert les personnages, les liens qui les unissent, le rythme endiablé de l’enquête. Si le film est très fidèle, allant jusqu’à reprendre certains dialogues, le livre donne une version plus qu’enrichie. Bien sûr, de manière générale, le livre offre des détails qui sont liés aux pensées des personnages, à leurs réflexions. A des émotions réellement décrites et non pas seulement « jouées ».

Prenons le personnage de Céleste, la femme de Dave. Dans le film, son personnage est très secondaire. Il joue un rôle clé car c’est le regard de cette femme sur son mari qui va semer le doute à un moment donné, qui va lancer une mécanique totalement différente. Dans le livre, cette scène où Dave rentre les vêtements pleins de sang dure plusieurs pages, avec le point de vue de Céleste. On constate les faits, on pose des questions, on se rend compte que notre mari sollicite notre aide, qu’il est démuni, que c’est à nous (la femme) d’être forte. Et ce désir, incontrôlable et étonnant, qui la saisit. Ce n’est qu’au réveil que les ombres vont se refermer et la confiance va s’effriter… De la même manière, Annabeth, la femme de Jimmy, est très peu présente dans le film. Alors que ses scènes dans le livre montrent une femme de pouvoir, qui tient son monde et qui est prête à tout pour garder le contrôle. Elle est l’alter ego total de Jimmy. Et, en y repensant, je trouve ça dommage de ne pas avoir gardé ces rôles-là, de ne pas leur avoir donné plus de temps à l’écran. Surtout que Laura Linney est géniale en femme de pouvoir (regardez la série Ozark, elle est géniale !).  

Autre personnage, et celui-là est omniprésent dans n’importe quelle version : Dave. Tim Robbins est juste exceptionnel, dans ce rôle d’homme un peu gauche, dans la lune. On sent qu’il n’est jamais pleinement présent. Son personnage est en lutte permanente avec son passé. Dans le film, son face-à-face psychologique est rapidement énoncé. Dans le livre, on voit nettement l’engrenage qui s’empare de lui : son double identitaire qu’il s’est créé lorsqu’il a été enlevé et abusé plus jeune, l’envie de tuer tous ceux qui reproduisent ce schéma et la peur de devenir comme eux. Il est en perpétuel bataille entre ce petit garçon fort, résistant, prêt à en découdre et cet autre petit garçon qui cherche à être aimé, à faire partie des plus téméraires. Les deux personnalités se chevauchant, le laissant sans cesse à côté de ses pompes et dévoilant peu à peu ces accès de violence.

La chute est nettement plus incroyable dans le livre. Le dénouement, la surprise, la dernière scène, la culpabilité, le lien entre la violence et les jeunes (et les jeux vidéo), tout est finement expliqué et j’ai trouvé, en regardant pour la millième fois le film, que l’adaptation est trop rapide, manque un peu de profondeur et que les personnages ont tellement plus à dire ! Le livre offre une multitude de points de vue, c’est certain, nous sommes tour à tour Jimmy, Sean, Dave ou Céleste. Ce qui nous permet de mieux comprendre chacune de leurs émotions et de leur personnalité, d’apprendre de leur passé et donc de mieux les connaître. Le film est une adaptation fidèle mais qui peine à rendre compte de toutes les qualités du livre. Car, je crois sincèrement que le sujet de l’histoire réside dans ce lien entre notre passé et notre avenir. Ces fameuses quelques secondes qui peuvent changer notre trajectoire et notre façon de voir le monde. Et cet apprentissage du passé des personnages dans le livre donne beaucoup plus d’ampleur à ce sujet. C’est toujours là, quelque part, cette fameuse question : « Et si ? », « Et si Dave n’était jamais monté dans cette voiture ? ».

Ceci pourrait amener à un plus vaste débat : avez-vous déjà vu un film qui surpasse le livre ? Peu importe le sens dans lequel vous les consommez. Même si les expériences sont très différentes, les livres m’ont toujours apporté ce petit « quelque chose de plus » qui fait la différence. Mais peut-être que cela tient simplement au faire que l’expérience est plus intérieure, plus intime, liée à sa propre imagination. Vaste sujet, à vous de jouer !

Mystic River, Dennis Lehane, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet, Rivages/noir, 2004, 405 pages, 9,50 euros.
Mystic River, réalisé par Clint Eatswood, Etats-Unis, 2003, avec Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon…

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