L’année de mes quinze ans, j’ai vécu plusieurs expériences. La première fut, bien sûr, mon entrée au lycée et tout ce que cela comporte. La deuxième, presque plus importante, j’ai découvert un roman de Delphine de Vigan, Un soir de décembre. Un coup de cœur. Et un coup au cœur. J’aspirai déjà à une vie d’écriture, j’avais déjà des milliers de mots qui gravitaient en permanence au-dessus de ma tête. L’envie d’écrire, presque comme une drogue, de chercher des rimes dans mes poèmes. Des carnets qui s’entassent au milieu de mes livres, pour y raconter tout et rien, chercher un style, s’imaginer dans un spleen baudelairien permanent pour être agitée par l’imagination. Bref, j’ai quinze ans, je découvre Delphine de Vigan et je me rends compte que celle que le talent que j’aimerai avoir existe déjà.

Depuis mes quinze ans, je ne rate aucune publication de Delphine de Vigan. Je prends un plaisir inavouable à regarder le rayonnage qui lui est dédié dans ma bibliothèque. Je savoure ces quelques jours d’impatience avant chaque sortie, avant d’avoir le livre dans les mains. Cette année, pour la première fois, j’ai dû attendre avant de me lancer dans ma lecture (à cause de lectures « de travail »), ce qui ne m’a empêché d’acheter le livre le jour même de sa sortie. Presque à me narguer bien évidence dans mon appartement. Je n’ai pourtant pas été déçu : un après-midi ensoleillé, un banc, un parc. Et le temps suspendu.

J’aime son écriture. J’aime sa manière de dépeindre l’humanité. Des personnages aux troubles divers et variés, mais si vrais. La fluidité de son style, les tournures percutantes, les messages forts qui se dévoilent au fur et à mesure, la qualité de son phrasé. J’aime tout. J’aime là où elle m’emmène, j’aime l’envie d’écrire qu’elle me donne, les images qu’elle crée dans mon esprit à chacune de ces histoires, j’aime les émotions qu’elle me procure. Depuis mes premières lectures, mis à part une certaine adoration pour les poèmes de Victor Hugo (presque un running gag chez moi), je n’ai jamais été une fan absolue d’une auteure ou d’un auteur. J’aime un livre, je n’aime pas forcément toute sa panoplie. Pour autant, Delphine de Vigan ne me déçoit jamais. J’ai pleuré avec Rien ne s’oppose à la nuit, j’ai testé les limites de l’imaginaire avec D’après une histoire vraie, j’ai voulu être aussi talentueuse et transmettre autant d’émotions que Delphine avec Les Heures souterraines, sans parler de No et moi bien évidemment. Si les deux derniers m’ont moins convaincu, je me rends compte aujourd’hui que Les Gratitudes ont quand même laissé une trace dans mon esprit. Le message y est simple : on ne dit jamais assez (ou même jamais tout court) aux gens qu’on les aime et surtout, on ne dit jamais assez merci. J’essaie pourtant aujourd’hui, encore plus qu’avant, de prendre le temps parfois de dire à celles et ceux qui m’entourent combien ma vie serait fade sans eux.

Les enfants sont rois signe un retour en force. Le style est là, bien présent et percutant. Une construction efficace de l’histoire, autour de deux personnages féminins avec des rebondissements et une fin à interpréter… Il y a Mélanie et Clara. Il y a aussi Kimmy, l’enfant de Mélanie, six ans et qui a été enlevée. Au-delà de ces deux parcours de vie très forts, c’est toute une critique très actuelle que nous livre l’auteure : l’omniprésence du numérique, des réseaux sociaux et les limites qui y sont liées. Plus particulièrement, et c’est d’autant plus intéressant, elle construit un roman autour de l’identité numérique des enfants créé par leur parents. Des enfants dont les moindres faits et gestes de leur quotidien sont filmés, commentés, partagés. Leur vie est rythmée par des enregistrements et des cadeaux à déballer (envoyés par des marques partenaires bien entendu). Ce roman nous donne le point de vue de la mère « d’enfants-stars » de Youtube et celui d’une policière qui suit l’affaire. Le regard de l’une et de l’autre sur la situation est totalement à l’opposé. Quand l’une peut voir les dérives et les effets néfastes sur l’avenir des enfants, l’autre ne voit que la célébrité et cet amour (fictif) dont elle est enrobée…

Diablement actuel, presque cruel sur notre rapport aux réseaux sociaux et au numérique de manière générale, c’est une belle leçon à lire. Une histoire subtilement dépeinte par ma reine de toujours, que je vais m’empresser de partager sur un réseau social. Oups.

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Les enfants sont rois, Delphine de Vigan, Gaillimard, 2021, 352 pages, 20 euros.

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