Il y a quelques temps, une amie m’a parlé d’un livre, sans rentrer dans les détails, elle a titillé ma curiosité. J’ai finalement répondu à l’appel de cet ouvrage et lui ai emprunté. L’Année de grâce ne m’a pas lâché jusqu’à la dernière page. Je l’ai commencé avant de dormir et l’histoire m’a poursuivi dans mes rêves. J’ai presque attendu le réveil avec joie pour prolonger ma lecture et savoir ce qui allait arriver…

L’année de leurs seize ans, les jeunes adolescentes sont envoyées une année entière dans un lieu secret. Peu de choses sont révélées sur ce qu’il se passe là-bas, personne ne parle. Ce qui est sûr c’est que pour celles qui reviennent, tout a changé. Parce que les Hommes ont décidé de croire que les femmes avaient une magie maléfique et que cette année de souffrance leur permettrait d’annuler leurs pouvoirs. La bêtise humaine n’a pas besoin de grand-chose pour dominer toute une population…

Comme dans tout univers dystopique, les femmes sont catégorisées : enfant (ruban blanc), année de grâce (ruban rouge), épouse (ruban noir) ou travailleuse (ou prostituée). Le moindre faux-pas est sanctionné, de la simple amputation au bûcher. Les hommes peuvent quant à eux jouir d’une certaine forme de liberté, et donc de pouvoir.

On suit cette année de grâce avec le regard de Tierney dit La terrible. Un brin sauvageonne dès le départ, peu encline à s’intégrer au réseau féminin et pourtant, « condamnée » à passer une année entière avec les jeunes filles de son âge. Et ce qu’il se passe là-bas est innommable. Au-delà de la violence, c’est la folie qui s’empare peu à peu de chacune qui fait atteindre des sommets à la cruauté. Un retour presque animal à la terre, aux pouvoirs mystiques, une meute assoiffée prête à tout pour laisser leur magie éclore et la laisser disparaître.

Mais, bien évidemment, une fois les histoires de fantômes et de braconniers sanglants mises de côté, la vérité est crue, simple, tordue. Encore une fois, dans ce genre d’univers, on voit à quel point il est facile d’inventer des histoires et de convaincre une forte majorité de personnes. Et la difficulté de garder les yeux ouverts et de voir, accepter les rouages qui sont en place pour espérer les renverser. Il suffit de la folie d’un seul être humain et de sa capacité à émouvoir les foules pour créer une société cruelle et liberticide. Sans connaître autre chose que les mots qui leur sont dit depuis leur naissance, comment réussir à penser au-delà de ces frontières ? Comment comprendre ce feu qui les anime et ne plus croire en une magie monstrueuse mais simplement en soi ?

Après une lecture avide, la fin m’a presque déçue. Presque car en laissant passer un peu de temps, je me rends compte à quel point elle est « réelle ». Ce n’est ni explosif, ni tonitruant (comme on aurait pu s’y attendre), c’est simplement la juste continuité des choses… Petit grain de sable par petit grain de sable, poser les bases pour enrayer la machine et espérer un avenir plein d’espoir pour les générations futures.

C’est la force, je trouve, des dystopies. Montrer qu’une aide peut surgir de n’importe où, que les gens que l’on croyait connaître peuvent toujours nous surprendre (dans un sens comme dans l’autre). Que parfois une fleur à cinq pétales rouges peut être le symbole de tout un réseau inconnu et prêt à s’agrandir. Que l’espoir peut résonner de manières bien différentes selon les personnes, que chacun puise sa force dans ce qu’il peut. Et qu’une histoire a toujours plusieurs versions et qu’il faut toutes les entendre pour avoir une vision plus honnête de ce que l’on vit.

L’autre force de ce roman est que, contrairement à toutes les autres dystopies que j’ai pu lire ou voir, la résolution de l’histoire et l’explication des faits semblent si (injustement) « réelles », si proches de ce qui pourrait exister, qu’il m’a encore plus fait frissonner. Accrochez-vous bien et laissez vos rubans s’envoler !

L’Année de grâce, Kim Liggett, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Peronny, Casterman, 528 pages, 19,90 euros. A partir de 13 ans.
Titre : définition du Larousse.fr

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